2013 Fauré_Gounod

2013-04-04-Faure

Les ensembles Sul Fiato et Saint Thomas

4 avril 2013 et 14 avril 2013

Requiem de Gabriel Fauré

Gallia de Charles Gounod

 

 

 

Les menaces de l'invasion allemande incitèrent Gounod à s'expatrier avec sa famille. Il séjourna à Londres de 1870 à 1875. Gallia est le résultat d’une commande que Charles Gounod composa, en 1871, à l’occasion de l’Exposition universelle de Londres. Les malheurs engendrés par la guerre de 1870 lui inspirèrent cette élégie biblique, dont les paroles sont extraites des lamentations de Jérémie. La situation de Paris est comparée à celle de l’ancienne Jérusalem détruite par Nabuchodonosor II en 597 Av. J. C.

 

 

N° 1 introduction et chœur

 Quomodo sedet sola civitas ;
 Plena populo, facta est quasi vidua.
 Domina gentium, princeps provinciarum,
 Facta est sub tributo.
 Plorans ploravit in nocte,
 Et lacrimae ejus in maxilis ejus :
 Non est qui consoletur eam
 Ex omnibus caris ejus :
 Omnes amici ejus spreverunt eam,
 Et facti sunt ei inimici.

 Elle est à l’écart, la ville qui comptait un peuple nombreux !
 Elle se trouve -comme veuve.
 Elle qui comptait parmi les nations, princesse parmi les provinces,
 Elle est -bonne pour le bagne.
 Elle pleure et pleure dans la nuit,
 Des larmes sur ses joues ;
 Pour elle, pas de consolateur
 Parmi tous ses amants.
 Tous ses compagnons la trahissent :
 Ils deviennent ses ennemis.

N° 2 Cantilène

 Viae Sion lugent eo
 Quod non sint qui veniant ad solemnitatem :
 Omnes portae ejus destructae :
 Sacerdotes ejus gementes.
 Virgines ejus squalidae,
 Et ipsa oppressa amaritudine !

 Les routes de Sion sont en deuil,
 Sans personne au rendez-vous ;
 Ses portes sont toutes ruinées,
 Ses prêtres gémissent.
 Ses jeunes filles sont affligées ;
 Et elle-même est submergée par l’amertume !

 

N° Solo et choeur

 

O vos omnes
 Qui transitis per viam,
 Attendite et videte
 Si est dolor similis
 Sicut dolor meus.

 Vide, Domine, afflictionem meam,
 quoniam erectus est inimicus.

 O vous tous
 Qui passez par le chemin,
 Attendez et voyez
 S’il existe une douleur
 Semblable à la mienne.

 Vois, Seigneur, quelle est mon angoisse,
 Car l’ennemi s’est levé.

 

N° 4 Final

 

 Jerusalem, convertere ad Dominum Deum tuum.

 Jérusalem, reviens vers le Seigneur, ton Seigneur Dieu !

 

Composé à la suite du décès suc­ces­sif de ses parents, le Requiem de Gabriel Fauré fut achevé, dans sa pre­mière ver­sion, au début de 1888, et immé­dia­te­ment créé à l’Eglise de la Made­leine le 16 jan­vier. Il fera l’objet de plu­­sieurs rema­nie­ments, dont l’un, assez im­­por­tant en 1892.

 

L’œuvre est, par bien des aspects, par­fai­te­­ment aty­pi­que dans le cor­pus des requiem fran­çais, bien qu’on puisse y voir l’abou­tis­­se­ment d’une nou­velle esthé­ti­que de la musi­que funè­bre amor­cée par Chérubini en 1837, et réaf­fir­mée, après Liszt, par Saint-Saens en 1878.

 

La struc­ture de l’œuvre étonne tout d’abord, car elle est fort éloignée du mo­­dèle géné­ra­le­ment adopté par ses pré­dé­­ces­seurs. Ne com­pre­nant ni Graduel, ni Prose, ni Benedictus et, dans la ver­sion ori­­gi­nale, pas d’Offertoire, elle inclut en re­­van­che le tra­di­tion­nel Pie Jesu pour l’Élévation, ainsi que l’antienne In Paradisum chan­tée après l’absoute. Quant au Libera me, il s’agit d’une com­po­si­tion anté­rieure que le com­po­si­teur n’ajouta au Requiem qu’en 1892.

 

Ce schéma ori­gi­nal, de même que la liber­té avec laquelle Fauré dis­pose du texte li­­tur­gi­que, met­tent en lumière la concep­­tion très per­son­nelle – et peu aca­dé­mi­que - que le com­po­si­teur a de la messe des morts.

 

Le soin scru­pu­leux avec lequel il évite toute conno­ta­tion dra­ma­ti­que illus­tre son inten­tion d’écrire, selon ses pro­pres ter­mes, une « ber­ceuse de la mort ». Bien que l’adjonc­tion d’un bary­ton solo et de cui­vres en 1892, en ait sen­si­ble­ment modi­fié la cou­leur, il est évident que le cli­­mat ins­tauré par Fauré dans cette œuvre tient plus de l’angé­lisme que du sata­nisme évoqué par nom­bre de ses pré­dé­ces­seurs.

 

Si la sim­pli­cité et la sou­plesse des lignes mélo­di­ques témoi­gnent de sa bonne connais­sance du plain-chant, le jeu par­fai­­te­ment mai­trisé des sub­ti­li­tés har­mo­­ni­ques, per­met­tant d’inflé­chir ins­tan­ta­né­­ment le cli­mat d’un mor­ceau, doi­vent beau­coup à Saint-Saëns.

 

Il s’agit donc bien là d’un des requiem les plus ori­gi­naux de tout le XIX° siè­cle, en com­plète rup­ture avec la tra­di­tion du re­­quiem roman­ti­que.

 

Fauré dit de son œuvre : « Mon requiem a été com­posé pour rien….pour le plai­sir, si j’ose dire…..Peut-être ai-je ainsi, d’ins­tinct cher­ché à sor­tir du convenu, voilà si long­temps que j’ac­­com­pa­gne à l’orgue des ser­vi­ces d’enter­re­­ment ! J’en ai par-des­sus la tête. J’ai voulu faire autre chose. »